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Etudes : Bilan intermédiaire 2008
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Etudes : Bilan intermédiaire 2008

Suivi des populations de cistudes d'Europe (Emys orbicularis)
dans la Réserve naturelle de Chérine et ses propriétés périphériques (2007-2010)
Résultats intermédiaires 2007/2008

cistude

Depuis 2007, la cistude d'Europe (voir encadré) fait l'objet d'un travail de recherche dans la Réserve naturelle de Chérine et sa périphérie.

La Brenne, où l'abondance de plans d'eau et le maintien d'une agriculture extensive ont longtemps été favorables à l'espèce, possède encore aujourd'hui une des principales populations françaises de cistudes. Cependant, l'avenir de l'espèce est préoccupant. En effet, l'intensification de la pisciculture, dégradant le milieu aquatique, appauvrit la ressource alimentaire, alors que la déprise agricole ainsi que la gestion cynégétique des espaces, conduisent à la diminution des surfaces de ponte en favorisant la fermeture des milieux.


Objectifs de l'étude

Menée sur trois ans, la recherche en cours a pour objectifs :

  • - de faire un point démographique des populations (effectifs, structures d'âges et sex-ratios) ;
  • - d'évaluer le domaine vital des mâles et des femelles au cours de leur cycle biologique ;
  • - d'étudier la reproduction et d'évaluer le taux d'émergence et de prédation.

La connaissance de la démographie des cistudes constituera un point de référence qui :

  • - permettra d'établir, au travers de l'observation des déplacements au sein d'une chaîne d'étangs, s'il s'agit d'une population, d'un ensemble de population ou d'une métapopulation ;
  • - de suivre ultérieurement l'évolution des populations ;
  • - d'observer éventuellement l'impact des modifications des paysages sur l'espèce.

La Cistude d'Europe :

L'espèce vit exclusivement dans les eaux douces. Elle se répartit du nord de l'Afrique à l'Europe de l'est et à l'Asie centrale, jusqu'à la mer d'Aral.

Totalement protégée en France depuis 1979, elle est en forte régression du fait de facteurs extérieurs défavorables.

Variant avec la latitude, la maturité sexuelle a lieu vers 15 à 20 ans pour les populations de Brenne (Rollinat, 1934) ; les femelles sont alors plus grosses que les mâles. Leurs yeux sont jaunes et noirs, rouges orangés chez les mâles.

Etangs, rivières, marais d'eau douce, mares permanentes ou temporaires, canaux, tourbières constituent son habitat, mais des déplacements terrestres sont opérés lors de la recherche de sites de ponte, de la dispersion des mâles, de l'assèchement de son milieu.

L'accouplement a lieu dans l'eau, à partir de mars, avec un pic en avril-mai. La ponte, sur des sols sablonneux au recouvrement végétal très variable, se déroule le soir, voire la nuit, de mi-mai à juillet, et fait l'objet de déplacements de plusieurs centaines de mètres à plusieurs kilomètres. Les jeunes éclosent après 90 jours d'incubation et sortent du nid soit à l'automne soit au printemps suivant, en fonction des conditions météorologiques. Le taux de prédation des oeufs se situe entre 75 à 85%.


Zone d'étude et méthodes de suivi

carte

Le piégeage

Les nasses cylindriques ou pièges tambour

nasse

Ils sont adaptés aux zones de faible profondeur (inférieure à 60 cm) et permettent le piégeage en zones fortement végétalisées.

  • Principe
    Ce sont des pièges appâtés à captures multiples
  • Pose
    Ils sont disposés parallèlement à la berge ; une partie du piège reste toujours émergée de manière à éviter tout risque de noyade

Les verveux

verveux;

Ils sont adaptés à des milieux de profondeur moyenne à forte (plus de 60 cm). Leur utilisation s'avère difficile dans les milieux fortement végétalisés.

  • Principe
    Ce sont des pièges à prises multiples. Ils peuvent éventuellement être appâtés et capturent généralement les individus en déplacement. L'aile principale fait obstacle au déplacement et dirige les tortues dans le filet en forme d'entonnoir.
  • Pose
    Ils sont disposés perpendiculairement à la berge. L'entrée doit être totalement immergée afin de réduire les risques de capture d'oiseaux, tandis que l'extrémité du filet reste émergée pour permettre aux animaux capturés de respirer.

Deux étangs isolés (Terres Fortes et Penot), et trois chaînes d'étangs distinctes ont été retenus :

  • 1. la Sous, Mares de la Sous, Essarts, Guifettes, Petit Etang, Ricot, Montmélier, Miclos, Barineau, Tripet, principalement forestiers, ces étangs ont été créés au Moyen-âge pour 6 d'entre eux;
  • 2. Hautes-Rondières, Basses Rondières, situés en milieu relativement ouvert, datent du XVIIème siècle ;
  • 3. Edith, Terrier Blanc, Sainte-Madeleine et Gorgeat, bordés de prairies, ont été créés en 1980, excepté Gorgeat qui est un étang ancien.

Le piégeage et le radiopistage permettent de suivre les tortues. Le piégeage permet d'estimer les effectifs et de déterminer la structure démographique des populations, renseigne sur leur état de conservation et leur utilisation de l'espace. Les recaptures sont un bon indicateur des déplacements et du fonctionnement global des populations.

Deux types de pièges, les nasses cylindriques et les verveux (voir encadré), ont été utilisés. En 2008, une à quatre sessions de captures par étang ont été opérées, de début avril à fin septembre. Disposés sur tout le pourtour de l'étang, les pièges étaient relevés toutes les 24h pendant trois jours, puis enlevés et déplacés sur un autre étang. Chaque cistude capturée était marquée à l'aide d'une lime sur les écailles marginales de la dossière selon un code prédéfini.

cistude;

Le radiopistage

La télémétrie utilise des émetteurs, un récepteur et une antenne. Le signal d'émission est détecté par le récepteur et l'antenne donne la direction de provenance du signal.

cistude; radiopistage;

Deux méthodes de localisation sont utilisées :

  • - le « homing in » qui consiste à se rendre à l'endroit exact ou se trouve la cistude pour localiser les sites de ponte et les sites d'hivernation ;
  • - la triangulation, qui consiste à estimer la position de la cistude à partir de deux points d'observation fixes, pour suivre les déplacements.

Une fiche d'identité a été remplie pour chaque animal.

Le radiopistage par télémétrie (voir encadré) permet de localiser les sites de pontes et d'hivernation et d'observer les déplacements. 20 cistudes ont été équipées (10 mâles et 10 femelles) et suivies quotidiennement dans leurs déplacements. Une dizaine de nids ont pu être ainsi repérés puis protégés avec des grillages, dans le but d'estimer le taux d'émergence en l'absence de prédation.

Résultats et enseignements de la première phase de l'étude

caisse

Paramètres démographiques

Depuis avril 2007, 1025 cistudes ont été recensées dans la Réserve et les étangs périphériques, avec un taux de recapture de 42% en 2007 et de 33% en 2008. Les étangs de Gorgeat (272 cistudes estimées) et des Hautes-Rondières (227 cistudes estimées) sont les plus peuplés. Sur Basses-Rondières , Montmélier , Guifettes et Petit Etang , le taux de recapture est important (entre 33 et 54%), alors qu'il est inférieur à 15% sur Gorgeat, Hautes-Rondières, Terrier Blanc, Sainte Madeleine et Edith. Ce taux renseigne sur le fonctionnement des populations étudiées, permet d'estimer les effectifs (population ouverte, population fermée) et permet de déterminer si la pression de piégeage est suffisante.

En 2007, la densité moyenne de l'ensemble des étangs prospectés était 9,6 ind/ha. Les variations ont été très fortes d'un étang à l'autre, de 38,7 ind/ha sur Penot à 1,24 ind/ha sur Edith. La densité semble globalement plus forte sur les étangs anciens, peu exploités sur le plan piscicole.

Le sex-ratio s'établit globalement en faveur des femelles. Les populations sont principalement constituées d'adultes, le pourcentage de juvéniles n'excédant pas 10% sur la plupart des étangs, à l'exception de l'étang Cistude où il atteint 35%.

La mortalité observée en 2008 était de 14 individus. Dans 7 cas sur 10, les cistudes ont été écrasées sur la route. 64% étaient des femelles, essentiellement en période de ponte (ponte en bord des routes et traversée pour accéder à un site de ponte).

La densité observée est comparable, voire supérieure à celle des autres populations de France et d'Europe ; à la différence du taux moyen de juvéniles (8,4%) qui, lui, est parmi les plus faibles d'Europe et inférieur à celui estimé en 1998 (15%). Ce faible taux peut néanmoins être le signe d'une population stable, le fort taux de survie des adultes compensant le faible nombre de jeunes.
La mortalité routière est constatée régulièrement en Brenne.

Déplacements, utilisation de l'espace et domaines vitaux

Le domaine vital estival moyen estimé est de 7,39 ha. Il est de 7,77 ha pour les femelles. Elles utilisent des sites relais, tels que les fossés et les mares en période de ponte. Celui des mâles est de 8,8 ha. Le domaine vital des individus radiopistés s'étend généralement sur plusieurs étangs.

Ainsi, les étangs de la chaîne sont connectés entre eux par des flux d'individus. 35 cistudes ont effectué des déplacements inter-étangs entre 2007 et 2008 (15 mâles et 20 femelles). Plus les étangs sont proches, plus le taux de migration est important. Il n'excède cependant pas 6%.

Les distances journalières moyennes parcourues sont plus importantes en début d'activité (mai, juin) et diminuent avec l'augmentation des températures (juillet, août), les mâles parcourant en moyenne de plus grandes distances que les femelles.

Par ailleurs la recherche a mis en évidence une recolonisation rapide des étangs après les assecs : 104 individus ont été capturés sur Gorgeat (assec en 2006), et 24 sur Ricot (assec en 2007).

Les domaines vitaux observés se recouvrent fortement et tendent à montrer qu'il n'y a pas de comportement de territorialité chez cette espèce. On observe une interdépendance des étangs, au sein de la chaîne certains sont utilisés temporairement (ponte, hivernage, nourrissage) ils constituent également des refuges en cas de perturbations majeures. Outre ces étangs, les sites relais constitués de fossés, mares, abreuvoirs creusés par le bétail, sont primordiaux au bon fonctionnement des populations. L'ensemble forme une trame bleue.

Biologie de la reproduction

Les sites de pontes préférentiellement recherchés sont les prairies pâturées et les zones rudérales (bords de route, talus, digues, fossés). L'exemple des Rondières et de Ricot, rapidement reconquis, montre un besoin et une recherche permanente de sites favorables.

Les femelles parcourent en moyenne 513,6 m pour se rendre au site de ponte, la plus forte distance observée étant de 884,8 m. Les conditions climatiques semblent très importantes et déterminent le moment de la ponte. Ce sont 10 nids qui ont été protégés en 2008. Les ¿ufs ont éclos au mois de septembre et les émergences ont débutées à la fin du mois de mai.

graphique

Une anecdote :
Malgré plusieurs nuits à poursuivre la femelle 730 entre les pattes d'un taureau peu coopératif et déchirer plusieurs paires de wadders sur les clôtures en barbelés, celle-ci est parvenue à pondre à l'abri de nos regards indiscrets, à notre grand regret.

Principaux enseignements en termes de gestion

Un soin particulier doit être porté à l'entretien des mares et des fossés, ces milieux étant utilisés par les femelles au moment de la ponte mais servent également de site d'hivernation et permettent la connexion entre les étangs.

Sur les sites de ponte (digue, prairies...) l'utilisation de gros engins est à éviter, lorsque les sols sont trempés, car le risque d'écrasement des nids est important. Les travaux au niveau zones d'hivernages (roselières, saulaies, mares, fossés ....) en période hivernale sont également à éviter, notamment car les cistudes ont tendance à se regrouper à cette époque.

Afin de diminuer le risque de mortalité routière, des panneaux de signalisation temporaires peuvent être installés. Ils l'ont été, dès 2009, autour de la Réserve de Chérine.



Réserve Naturelle Nationale de Chérine     Tél : 02 54 28 11 02     Fax : 02 54 38 03 71                                        by kaliop