Une petite histoire de la Brenne
Transmise par la tradition écrite et orale, l'image d'une
Brenne, zone marécageuse vierge, colonisée
et assainie par des
moines hydrauliciens dès le 7ème siècle commence à changer. Non qu'elle soit
entièrement fausse, mais il semblerait que l'occupation et la modification du territoire aient commencé
bien avant, au plus tard à
l'Antiquité ; l’espace brennou n’ayant alors aucune vocation
piscicole pour la simple raison que les étangs n’existaient pas et que l’activité rurale dominante était tout autre.
En effet, des travaux récents (cf. R. Benarrous - Histoire des paysages de la Brenne des étangs -
2002) tendent à montrer que la
Brenne a connu une forte activité
sidérurgique au cours de
l’Antiquité (et peut-être dès l’
Age du Fer) laissant supposer la présence d’une vaste forêt (alors
charbonnée). Progressivement avec la disparition de cette chênaie et le développement d’activités
agro-pastorales, le paysage s’est durablement ouvert. C’est avec la multiplication des étangs
et l’essor de la carpiculture à partir du bas Moyen Age que le paysage de Brenne acquit ses
spécificités et son originalité.
Une étude paysagère de proximité
La
Brenne, au fil de ses métamorphoses
anthropiques a vu s’installer une
flore et une
faune spécifiques. La protection de cette
biodiversité passe par la connaissance de l’usage
historique du territoire. Une
étude initiée en 2003, couvrant deux siècles et 3100 hectares autour de la Réserve Naturelle, a révélé quelques chiffres :
- - en 1838 : d’importantes surfaces de labours (+40 %) et de brandes (+ 30 %) occupent l’espace ; les étangs, bois et prairies naturelles, se répartissent sur le reste du périmètre, les métairies et les villages sont reliés par un système routier inexistant ;
- - en 1950 : la brande a disparue, remplacée par des labours et des prairies artificielles destinés à l’élevage bovin, pourtant en déclin. L’exode rural se fait durement sentir...
- En 2004 : la friche occupe plus de 50 % du périmètre étudié, de multiples étangs (à vocation piscicoles ou de loisirs) sont apparus...
La création de la Réserve
- - 1968 – René PECHERAT, membre de l’Académie du Centre lance l’idée de création d’une Réserve Naturelle en Brenne ;
- - 1969 – une enquête publique préalable propose d’"étudier le projet de création d’une Réserve Naturelle" ; parallèlement, le Muséum d’Histoire Naturelle de Paris accepte le principe d’acquisition et de responsabilité du site ; le projet de départ englobe près de mille hectares.
- - Le domaine de Chérine, dont l’étang Ricot était déjà reconnu pour ses butors et
marouettes est mis en vente ;
- - 1974 – Avis favorable de la Commission Départementale des Sites de l’Indre au
lancement de la procédure de classement ;
- - 1976 – Publication du document préparatoire sous l’égide du Ministère de l’Environnement ; Les mesures règlementaires (limitation ou arrêt de la chasse, réduction de l’activité forestière...) semblent si contraignantes que les propriétaires concernés parviennent à faire renoncer le Ministère de l’Environnement. L’idée est abandonnée, le domaine retiré de la vente.
- - 1982 – Nouvelle mise en vente du domaine ; le projet ressurgit, plus modeste, ne
concernant que 120 hectares.
- - 1983 – une campagne menée par des associations de protection de la nature, le Muséum d’histoire naturelle, ainsi que la DRAE (devenue DIREN) aboutit à l’achat par le Département de l’Indre d’un territoire de 145 hectares.
- - 1985 – Publication du décret ministériel instituant la Réserve. Création du Comité de gestion.